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Densité Spectrale de Puissance — du signal au g²/Hz

Ressource pédagogique : classification des signaux, théorème de Parseval, et sens physique de la DSP en contexte vibratoire.


1. Classification des signaux

1.1 Énergie finie ou puissance finie ?

Deux quantités fondamentales caractérisent un signal \(x(t)\) :

\[ E = \int_{-\infty}^{+\infty} |x(t)|^2 \, dt \qquad \text{(énergie totale)} \]
\[ P = \lim_{T \to \infty} \frac{1}{T} \int_{-T/2}^{T/2} |x(t)|^2 \, dt \qquad \text{(puissance moyenne)} \]

Un signal appartient à l'une de trois catégories :

Catégorie Énergie \(E\) Puissance \(P\) Exemples typiques
Signal énergétique \(E < \infty\) \(P = 0\) Impulsion, transitoire amorti, \(\text{sinc}(t)\)
Signal de puissance \(E = \infty\) \(P < \infty\) Sinusoïde, bruit blanc, vibration routière
Ni l'un ni l'autre \(E = \infty\) \(P = \infty\) \(x(t) = t\), \(x(t) = e^t\)

Intuition

Un signal qui dure indéfiniment sans s'éteindre accumule une énergie infinie, mais son niveau moyen peut rester stable — c'est un signal de puissance.


1.2 Allure temporelle des trois catégories

Signal énergétique — choc mécanique (DIN EN 60068-2-27)

Forme demi-sinusoïdale, amplitude de pointe \(A = 10\,\text{g}\), durée \(T_c = 11\,\text{ms}\) :

\[x(t) = A \sin\!\left(\frac{\pi t}{T_c}\right), \quad t \in [0,\, T_c]\]

L'énergie est finie car le choc s'éteint :

\[E = \int_0^{T_c} A^2 \sin^2\!\left(\frac{\pi t}{T_c}\right) dt = \frac{A^2 T_c}{2} < \infty\]

La puissance moyenne tend vers zéro : \(P \to 0\).

Signal de puissance — vibration aléatoire routière (ASTM D4728-17)

Signal enregistré par le SAVER 3X90 pendant un transport longue durée :

  • Durée : plusieurs heures à 90 jours — contenu spectral : 4 à 120 Hz
  • Niveau : \(g_\text{rms} = 0{,}40\,\text{g}\)

L'énergie est infinie (signal indéfini dans le temps), mais la puissance est stable :

\[P = \langle x^2 \rangle = g_\text{rms}^2 = 0{,}16\,\text{g}^2\]

Ni l'un ni l'autre — rampe, exponentielle croissante

Pour \(x(t) = t\) ou \(x(t) = e^t\), l'énergie et la puissance divergent. Ces signaux ne sont pas physiquement réalisables sur \(\mathbb{R}\) entier.


1.3 Déterministe ou aléatoire ?

graph TD
    S["Signal x(t)"]
    S --> D["Déterministe\n<i>entièrement prévisible par une formule</i>"]
    S --> A["Aléatoire / stochastique\n<i>décrit par des statistiques</i>"]

    D --> DP["Périodique\nx(t+T) = x(t)\nex : sin(2πf₀t), signal carré"]
    D --> DQ["Quasi-périodique\nsomme de périodiques aux périodes\nincommensurables\nex : sin(2πt) + sin(2π√2·t)"]
    D --> DT["Transitoire\ndurée finie ou décroissance → 0\nex : réponse impulsionnelle, choc"]

    A --> AS["Stationnaire\nstatistiques stables dans le temps"]
    A --> AN["Non stationnaire\nstatistiques évoluent\nex : démarrage moteur, parole, séisme"]

    AS --> ASS["Au sens strict\ntoutes les lois de probabilité invariantes"]
    AS --> ASL["Au sens large (WSS)\nmoyenne et autocorrélation stables\nex : bruit thermique, vibration autoroute"]

2. Le théorème de Parseval

2.1 Énoncé pour les signaux énergétiques

Pour un signal déterministe \(x(t)\) à énergie finie, le théorème de Parseval garantit l'équivalence énergétique entre domaine temporel et fréquentiel :

\[ \boxed{\int_{-\infty}^{+\infty} |x(t)|^2 \, dt = \int_{-\infty}^{+\infty} |X(f)|^2 \, df} \]

\(|X(f)|^2\) est la densité spectrale d'énergie (J/Hz). Son intégrale donne l'énergie totale en joules.


2.2 Exemple — impulsion rectangulaire

Soit le signal \(x(t) = A\) sur \([0, T]\), nul ailleurs. Sa transformée de Fourier est :

\[X(f) = A T \, \text{sinc}(\pi f T) \, e^{-j\pi f T}\]

La vérification de Parseval :

\[E_\text{temporel} = A^2 T \qquad \overset{\text{Parseval}}{=} \qquad E_\text{fréquentiel} = \int_{-\infty}^{+\infty} |AT\,\text{sinc}(\pi f T)|^2 \, df = A^2 T \checkmark\]

2.3 Extension aux signaux de puissance — Wiener-Khintchine

Pour un signal aléatoire stationnaire, \(E = \infty\) : on ne peut pas appliquer Parseval directement.

La procédure en trois étapes :

Construction de la DSP

Étape 1 — Troncature : signal tronqué sur la durée \(T\) → signal énergétique \(x_T(t)\)

Étape 2 — Parseval normalisé : $\(\frac{1}{T} \int_{-T/2}^{T/2} |x_T(t)|^2 \, dt = \int_{-\infty}^{+\infty} \frac{|X_T(f)|^2}{T} \, df\)$

Étape 3 — Passage à la limite : $\(P = \langle x^2 \rangle = \int_{-\infty}^{+\infty} S(f) \, df \qquad \text{avec} \quad S(f) = \lim_{T \to \infty} \frac{|X_T(f)|^2}{T}\)$

Le théorème de Wiener-Khintchine relie la DSP à la fonction d'autocorrélation \(R(\tau)\) :

\[S(f) = \mathcal{F}\{R(\tau)\} \qquad R(\tau) = \langle x(t) \cdot x(t+\tau) \rangle\]

2.4 Pont Parseval ↔ Wiener-Khintchine

graph LR
    subgraph Energetique["Signal énergétique — choc, impulsion"]
        T1["Domaine temporel\n∫|x(t)|²dt = E"]
        F1["Domaine fréquentiel\n∫|X(f)|²df = E"]
        T1 -- "Parseval" --> F1
        F1 --> DSE["Densité spectrale\nd'ÉNERGIE\nJ/Hz"]
    end

    subgraph Puissance["Signal de puissance — vibration continue"]
        T2["Domaine temporel\n⟨x²⟩ = P = g²ᵣₘₛ"]
        F2["Domaine fréquentiel\n∫S(f)df = P"]
        T2 -- "Wiener-Khintchine" --> F2
        F2 --> DSP["Densité spectrale\nde PUISSANCE\ng²/Hz"]
    end

3. Pourquoi g²/Hz et non des watts ?

3.1 L'analogie électrique — origine du mot « puissance »

En électronique, la puissance dissipée est \(P = V^2/R\) — proportionnelle au carré du signal.

Par analogie, pour tout signal \(x(t)\), on appelle « puissance » la valeur quadratique moyenne \(\langle x^2 \rangle\), quelle que soit la grandeur physique :

Grandeur Formule Unité Interprétation
Énergie signal \(E = \int x^2(t)\,dt\) g²·s Énergie « normalisée » (choc)
Puissance moyenne \(P = \langle x^2 \rangle = \int S(f)\,df\) Variance si signal centré
DSP \(S(f) = \lim_{T\to\infty} \dfrac{\|X_T(f)\|^2}{T}\) g²/Hz Distribution fréquentielle de \(P\)
Valeur efficace \(g_\text{rms} = \sqrt{P} = \sqrt{\int S\,df}\) g Grandeur opérationnelle (normes ASTM)
Puissance réelle \(P_\text{méca} = F \cdot v = m \cdot a \cdot v\) W Nécessite masse + cinématique
Énergie réelle \(E_\text{méca} = \int P_\text{méca}\,dt\) J Nécessite masse + cinématique

Attention au vocabulaire

Le terme « puissance » en traitement du signal est un héritage de l'analogie électrique, pas une grandeur énergétique au sens de la thermodynamique. La DSP en g²/Hz ne contient ni la masse, ni la vitesse : elle caractérise l'intensité vibratoire indépendamment du système mécanique.


3.2 Lecture d'un graphe DSP

Le graphe DSP du profil ASTM D4728-17 (transport routier longue distance) :

Lecture du graphe DSP

  • L'axe vertical donne la densité : \(S(f)\) en g²/Hz
  • L'axe horizontal donne la fréquence : \(f\) en Hz (souvent en échelle log)
  • L'aire sous la courbe sur \([f_1, f_2]\) donne la puissance partielle :
\[\int_{f_1}^{f_2} S(f)\,df = g^2_\text{rms, partiel}\]
  • La racine de l'aire totale donne la valeur efficace globale :
\[g_\text{rms} = \sqrt{\int_4^{120} S(f)\,df} = 0{,}40\,\text{g} \quad \text{(spécification ASTM)}\]

Le profil ASTM D4728-17 présente :

  • Un pic autour de 5–10 Hz (résonance de suspension du véhicule)
  • Une décroissance en loi de puissance au-delà de 10 Hz
  • Une coupure à 120 Hz (limite de la spécification)

4. Arbre de décision — quel outil pour quel signal ?

flowchart TD
    M["Signal x(t)\nmesuré par le SAVER 3X90"]
    M --> Q{"Durée du signal ?"}

    Q -->|"Court\n< 100 ms"| E["SIGNAL ÉNERGÉTIQUE\nchoc mécanique"]
    Q -->|"Long\nvibration continue"| P["SIGNAL DE PUISSANCE\nvibration aléatoire"]

    E --> EP["Parseval direct\n∫|X(f)|²df = énergie du choc"]
    EP --> SRS["→ SRS\nShock Response Spectrum"]

    P --> WK["Wiener-Khintchine\nS(f) = lim |X_T(f)|²/T"]
    WK --> INT["∫S(f)df = g²ᵣₘₛ"]
    INT --> CMP["Comparaison au profil\nASTM D4728-17"]
    CMP --> RES["√(∫S df) = 0,40 gᵣₘₛ ✓\nSpécification respectée"]

5. Pourquoi la méthode de Welch ?

Un enregistrement de plusieurs heures ne peut pas être traité en une seule transformée de Fourier : la variance de l'estimateur serait trop élevée.

La méthode de Welch (1967) construit un estimateur à biais-variance contrôlé :

Algorithme de Welch

  1. Découper \(x(t)\) en \(N\) fenêtres de durée \(T_w\) avec recouvrement (50 % typique)
  2. Calculer \(|X_k(f)|^2\) pour chaque fenêtre \(k\) (après fenêtrage de Hann)
  3. Moyenner les \(N\) estimées :
\[\hat{S}_\text{Welch}(f) = \frac{1}{N} \sum_{k=1}^{N} \frac{|X_k(f)|^2}{T_w}\]
Paramètre Effet sur la résolution Effet sur la variance
\(T_w\) grand Meilleure résolution fréquentielle \(\Delta f = 1/T_w\) Moins de fenêtres → variance plus grande
\(N\) grand Résolution fixe Variance réduite en \(1/N\)
Recouvrement 50 % Sans effet Augmente \(N\) sans coût de données

C'est l'estimateur implémenté dans le SAVER 3X90 et dans les bancs d'essai (logiciel SAVER Analyzer de Lansmont).


Références

  • Parseval, M. A. (1799). Mémoire sur les séries et sur l'intégration complète d'une équation…
  • Wiener, N. (1930). Generalized Harmonic Analysis. Acta Mathematica.
  • Welch, P. D. (1967). The use of Fast Fourier Transform for the Estimation of Power Spectra. IEEE Trans. Audio Electroacoust.
  • ASTM D4728-17. Standard Test Method for Random Vibration Testing of Shipping Containers.
  • DIN EN 60068-2-27. Environmental testing — Shock.