Statique du Solide
1. Principe fondamental de la statique (PFS)
Énoncé
Un solide \(S\) est en équilibre statique dans un repère galiléen \(\mathcal{R}_g\) si et seulement si le torseur des actions mécaniques extérieures est nul :
Conditions d'équilibre
Cette condition se traduit par deux équations vectorielles :
où \(A\) est un point quelconque.
Projection sur les axes
En 2D (plan \(xy\)), on obtient 3 équations scalaires :
En 3D, on obtient 6 équations scalaires :
2. Liaisons mécaniques
Classification des liaisons
Une liaison mécanique entre deux solides impose des contraintes cinématiques et génère des actions mécaniques de liaison.
Degrés de liberté et inconnues de liaison
Pour chaque liaison, on définit : - Degrés de liberté (ddl) : nombre de mouvements indépendants autorisés - Inconnues de liaison : nombre de composantes d'efforts transmissibles
Relation : \(\text{ddl} + \text{inconnues} = 6\) (en 3D)
Liaisons usuelles en 2D
| Liaison | Schéma | ddl | Inconnues | Efforts transmis |
|---|---|---|---|---|
| Appui simple | Point-plan | 2 | 1 | \(N\) (normale) |
| Pivot glissant | Glissière | 2 | 1 | \(N\) (perpendiculaire) |
| Pivot | Articulation | 1 | 2 | \(X\), \(Y\) |
| Encastrement | Fixe | 0 | 3 | \(X\), \(Y\), \(M_z\) |
Liaisons usuelles en 3D
| Liaison | ddl | Inconnues | Efforts transmis |
|---|---|---|---|
| Ponctuelle | 5 | 1 | \(N\) |
| Linéaire rectiligne | 4 | 2 | \(N_1\), \(N_2\) |
| Appui plan | 3 | 3 | \(N\), \(M_x\), \(M_y\) |
| Pivot | 1 | 5 | \(X\), \(Y\), \(Z\), \(M_x\), \(M_y\) |
| Glissière | 1 | 5 | \(X\), \(Y\), \(M_x\), \(M_y\), \(M_z\) |
| Encastrement | 0 | 6 | \(X\), \(Y\), \(Z\), \(M_x\), \(M_y\), \(M_z\) |
3. Torseur des actions mécaniques
Définition
Le torseur des actions mécaniques exercées par un solide 1 sur un solide 2 s'écrit :
où : - \(\vec{R}_{1/2}\) : résultante des actions mécaniques - \(\vec{\mathcal{M}}_{A,1/2}\) : moment résultant au point \(A\)
Changement de point de réduction
Le moment en un point \(B\) se déduit du moment en \(A\) par :
Torseur couple
Un torseur couple a une résultante nulle : \(\vec{R} = \vec{0}\)
Le moment est alors indépendant du point de réduction.
4. Méthodologie de résolution
Étape 1 : Isoler le système
- Définir clairement le système étudié
- Tracer le diagramme d'isolement (frontière du système)
Étape 2 : Bilan des actions mécaniques extérieures
- Actions à distance : pesanteur, magnétiques...
- Actions de contact : liaisons, appuis, charges appliquées
Étape 3 : Modéliser les actions de liaison
- Identifier le type de liaison
- Représenter les inconnues de liaison correspondantes
Étape 4 : Choisir un point de réduction
- Privilégier un point où plusieurs forces concourent
- Ou un point appartenant à une liaison (simplifie le moment)
Étape 5 : Écrire les équations d'équilibre
- Appliquer le PFS : \(\sum \vec{F} = \vec{0}\) et \(\sum \vec{\mathcal{M}}_A = \vec{0}\)
- Projeter sur les axes du repère
Étape 6 : Résoudre le système
- Résoudre les équations algébriques
- Vérifier la cohérence des résultats (signe, ordre de grandeur)
5. Cas particuliers importants
Solide soumis à deux forces
Si un solide est en équilibre sous l'action de deux forces \(\vec{F}_1\) et \(\vec{F}_2\) :
- Les deux forces sont colinéaires : \(\vec{F}_2 = -\vec{F}_1\)
- Elles ont même support (droite d'action commune)
Solide soumis à trois forces
Si un solide est en équilibre sous l'action de trois forces non parallèles :
- Les trois forces sont coplanaires
- Leurs supports sont concourants en un même point
Théorème des trois forces : permet souvent de déterminer graphiquement les directions des forces.
Système isostatique
Un système est isostatique si le nombre d'équations d'équilibre égale le nombre d'inconnues de liaison.
- Résolution unique possible
- Système déterminé
Système hyperstatique
Un système est hyperstatique si le nombre d'inconnues de liaison est supérieur au nombre d'équations d'équilibre.
- Degré d'hyperstaticité : \(h = n_{inconnues} - n_{équations}\)
- Nécessite des équations complémentaires (déformations, compatibilité)
Système hypostatique
Un système est hypostatique si le nombre d'inconnues de liaison est inférieur au nombre d'équations d'équilibre.
- Système instable ou mobile
- Pas d'équilibre possible (sauf cas particulier de chargement)
6. Méthodes de résolution graphique
Dynamique graphique (polygone des forces)
Pour un solide en équilibre sous plusieurs forces :
- Tracer les vecteurs forces bout à bout
- Le polygone doit se fermer (somme nulle)
- Permet de déterminer graphiquement les inconnues
Polygone funiculaire
Permet de déterminer la ligne d'action de la résultante de plusieurs forces parallèles.
Diagramme de Cremona
Méthode graphique pour résoudre les treillis isostatiques :
- Applicable aux structures articulées
- Détermine les efforts dans chaque barre
7. Frottement et adhérence
Lois de Coulomb
Pour un contact avec frottement entre deux solides :
Condition de non-glissement
où : - \(\vec{T}\) : composante tangentielle de l'effort - \(\vec{N}\) : composante normale de l'effort - \(f\) : coefficient de frottement statique
Glissement
Lorsqu'il y a glissement :
avec \(f_d\) : coefficient de frottement dynamique (\(f_d < f\))
Cône de frottement
L'effort de contact doit rester à l'intérieur du cône de frottement d'angle \(\varphi\) tel que :
8. Applications industrielles
Structures
- Poutres : calcul des réactions d'appui, diagrammes des efforts
- Treillis : méthode des nœuds, méthode de Ritter
- Portiques : structures hyperstatiques
Mécanismes
- Leviers : amplification d'effort
- Systèmes de freinage : calcul des efforts de serrage
- Préhenseurs : robotique, calcul de prise
Dimensionnement
- Vérification de la résistance des matériaux
- Calcul des contraintes (traction, compression, cisaillement)
- Critères de rupture
9. Tableau récapitulatif
| Concept | Formule/Condition |
|---|---|
| Équilibre | \(\sum \vec{F} = \vec{0}\) et \(\sum \vec{\mathcal{M}}_A = \vec{0}\) |
| Changement de point | \(\vec{\mathcal{M}}_B = \vec{\mathcal{M}}_A + \vec{BA} \land \vec{R}\) |
| Deux forces | Colinéaires et opposées |
| Trois forces | Coplanaires et concourantes |
| Frottement | $ |
| Isostatisme | \(n_{inconnues} = n_{équations}\) |
| Hyperstatisme | \(h = n_{inconnues} - n_{équations}\) |
10. Points clés à retenir
- PFS : torseur des actions extérieures nul pour l'équilibre
- Isolement : étape cruciale pour identifier toutes les actions
- Liaisons : connaître les efforts transmissibles par chaque type
- Point de réduction : choix stratégique pour simplifier les calculs
- Isostatisme : condition pour une résolution unique
- Frottement : limite la capacité de transmission d'effort tangentiel
- Méthodes graphiques : utiles pour validation et compréhension physique